Analyse artistique par Manon Leblanc | L’écumoire

L’écumoire

Les plus récentes œuvres de Mélanie Poirier auscultent l’artiste-peintre et le Monde, les questionnent, les incarnent, les forcent à reconsidérer leur incroyable traversée : duo-duel. L’artiste se construit, et sait que, pour ce faire, elle doit tenter l’impossible pour atteindre la pureté : la substantifique moelle et celle de son art, indissociables.

D’abord, ses observations, nécessaires, sombres, en noir et mauve, de fond en combles, à l’envers, à l’endroit, desquelles l’artiste tente d’extirper, de sa moustiquaire dressée, musicalité et blancheur. Cela ne peut de faire sans heurts.

L’écumoire se couche, mais résiste. L’Artiste protège ses arrières. Elle en a vu d’autres. L’Art de la profondeur peut-il survivre à la frivolité du Monde? Vert espérance. L’Art et sa pertinence questionnés. Les portées musicales n’emportent plus, deviennent elles aussi tamis. Tout est tout, tout n’est rien. Épurer, Épurer! L’épurateur dépure; le blanc s’accentue. Pourquoi tout passe?

Couleur terre, segments amincis et verts. Mélanie Poirier se déleste de sa protection, respire, se rapproche de sa vraie nature, dégarnit ses épaules de son propre poids, se purifie, risque. À tout prix, se rendre à son âme, à sa quintessence!

Dressés tels des obstacles, les deux, face à face : le substrat de l’Artiste-peintre et de l’Autre. Est-ce nécessaire qu’il y ait un perdant? Something wrong with our eyes (2012). Une ombre nouvelle émanant de cet antagonisme se dessine, mais, avant sa sortie, vaincre le silence… ou l’apprivoiser. Le baiser du silence (2012). Ouverture de l’Artiste envers elle-même, avant tout. Mélanie et l’Artiste, enfin! Se traversant, coûte que coûte. Leur propre croisée des chemins, écumée.

Écrit par Manon Leblanc, écrivaine et auteure

Juillet 2012

Publié dans le livre L’art d’Oser – Mélanie Poirier mise à nu…