Analyse artistique par Manon Leblanc | Segments d’exutoire

Segments d’exutoire

L’œuvre de l’artiste-peintre Mélanie Poirier se construit en segments d’exutoire : portails longitudinales énigmatiques s’ouvrant telles des traverses de l’humain au créateur. D’abord sous forme de lignes sinueuses et embroussaillées, dépositaires des beautés de la rose et du cœur, la valse d’amour (2006) étourdissante de l’artiste en quête de substance la conduit tout droit vers la fracture, inévitable. Sous elle, le miroir de l’âme (2007) : luminescence texturée dans une structure parcellaire tantôt dense tantôt légère, quintessence chaotique. Puis, se dressant telles des barrières protectrices d’une intériorité dérobée, des verticales, multipliées, carrelées.

Le temps passe. Les carreaux se désintègrent, se raréfient. Le trait reste seul, s’exhibe; l’artiste s’expose. Mais la mise à nu n’est pas sans tourments. Atteint, le coup de pinceau laisse derrière lui une coulée sanguinolente, et des têtes-cercles noires et doubles au début deviennent une, centrale et… rouge : dramatique point de mire 0 (2008) claquemuré sur fond sombre. Nouvelles textures quadrillées mises en abîme; une clarté en cache une autre. Tout est toujours à recommencer, encore et encore!

L’artiste-peintre persiste, se dessine, se signe, waiting for tango (2009). Elle personnifie ses lignes, et jure ne plus jamais se perdre. Alors pourquoi chercher encore? Pour être, jusqu’à cette Folie Rouge II (2010) où l’artiste tord sa prison jusqu’au sang. Pour être de cette bataille où naissent trajectoires et chemins, où s’épaississement les segments dans un magma de formes et de textures, où respirent les cloisons décloisonnées dans un flou vivifiant. Pour être, jusqu’à la fusion!

L’artiste exalte. Entre elle et son art, un pont de vérité (2011) s’érige enfin. À l’autre bout, quelqu’un. Qu’elle questionne : le sommet de tes profondeurs… (2011)? La peintre faillit, se censure à sang, éprouve ses sensûrs (2011) : Something wrong with our eyes (2012). Le baiser du silence (2012), rouge, sur ses lèvres lénifiantes. Elle traversera, coûte que coûte.

Écrit par Manon Leblanc, écrivaine et auteure

Juin 2012

Publié dans le livre L’art d’Oser – Mélanie Poirier mise à nu…